Devant ma glace je reconstituais les frissons qui aboutissent à la tête immobile des clavicules. Les juges ne pouvaient condamner une femme qui avait de si jolis gestes entre le menton et les épaules.

Acquittée, la dame au cou nu publia ses mémoires. Respectueusement je m’abstins de les lire.

Elle épousa un étranger de grande naissance. J’eus envie d’écrire au mari : « Embrassez longuement tout son cou, son joli cou nu. »

Maintenant sans doute, l’âge doit l’obliger au mensonge des cols hermétiques, le jour ; à la ruse des tulles trop adroitement vaporeux, le soir. Ainsi, elle que j’ai crue l’unique, elle dont j’espérais qu’elle demeurerait la toujours identique à soi-même, dans mon souvenir, déjà, n’est plus comme l’œuf dans sa coquille.

Perrette de la fable ne s’est pas mieux trompée.

Je suis devenu un homme, et la dame au cou nu n’est plus la dame au cou nu.

Et maintenant c’est un petit matin au bois de Boulogne.

Des tramways, pour m’obliger à croire que le jour recommence, exagèrent leurs cris, leur maquillage jaune. Affirmation d’une banlieue qui cligne de l’œil, et n’offre rien qui me touche, je me rappelle qu’un philosophe a constaté : « Mourir, c’est se désintéresser. »

A peine tangent au monde, pourquoi ne m’est-il pas permis de tomber tout de suite en poussière, ici, à deux kilomètres de la porte Maillot ?

Mais puisque Dieu le Père ne veut pas de moi dans son Paradis, tout comme hier, il va falloir user encore des objets, des créatures terrestres. Aujourd’hui, je ne suis pourtant pas disposé à faire des avances.