Comme ces bibelots valent pour la plupart leur pesant d'or, comme ils s'émietteraient tous sous ses mains de fou, on a emprisonné, réduit à l'impuissance le malheureux dans la camisole de force, on le relègue maintenant en une vaste chambre presque complètement démeublée. Il y végète, y sanglote, y dormasse le long des jours et des nuits, et sans trêve, en ses yeux révulsés, écarquillés, hallucinants, flottent de noires visions, le mirage de l'Intruse, de l'impitoyable Faucheuse, de Celle qu'on n'achète pas!

LE MAUVAIS MIRAGE

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Dans ces brusques métamorphoses de la lumière électrique, s'épandant tantôt en ondes d'un rose fané, exquis, tantôt en une coulée d'or fluide, comme filtrée à travers des cheveux de blonde, tantôt en une nappe bleuâtre, aux tons crépusculaires et étranges, où les femmes semblaient avec leurs épaules nues, de vivantes fleurs, tandis qu'au milieu des rires se déroulait une verveuse revue d'atelier jouée par d'incomparables marionnettes—c'était en la nuit du premier janvier, chez Montmirail, le raffiné peintre des onduleuses poses, des miroitants surahs, des miévreries parisiennes—le grand Pescaleilles, que d'aucunes ont surnommé Moumoute, je ne sais pourquoi, nous dit tout à coup, à mi-voix:

—Certes oui, l'on ne se trompait pas et les faiseurs de potins n'ont eu tort qu'à demi en accolant mon nom à celui de la tant jolie Lucy Pernelle. Elle m'avait pris le cœur comme un oiselier englue, un matin de gel, quelque imprudent roitelet. Elle eut fait de moi tout ce qu'elle aurait voulu.

J'étais sous le charme de son énigmatique et moqueur sourire, où les dents entre les lèvres si rouges avaient quelque chose de cruel, luisaient comme prêtes à mordre, à aviver d'une souffrance le plus câlin, le plus voluptueux des baisers.

J'aimais tout en elle, ses souplesses félines, ses lents regards glissant entre les cils mi-clos comme chargés de promesses et de tentations, son élégance un peu cherchée et ses mains, ses blanches mains fines, longues, veinées de bleu comme les exsangues mains d'une sainte de vitrail, ses doigts fuselés où ne brillait que la goutte de sang d'un rubis.

J'aurais donné tout ce qui me reste de forces, de jeunesse seulement pour la décoiffer, pour appuyer mes paumes brûlantes sur sa nuque fraîche, sa nuque ronde comme un fruit, pour sentir toute cette soie rayonnante, toute cette crinière d'or m'envelopper, me caresser la peau. Je ne pouvais me lasser d'entendre cette voix dédaigneuse, perverse, inattendue qu'elle a, ces vibrations de cristal fraîches, cette musique qui devient par instants rauque, dure, farouche comme les grands appels sonores des Valkyries.