—Je révèle le présent, le passé et l'avenir, dégoisa-t-elle, même avec le nom de celui qu'on épousera, des parents qu'on a perdus, la situation de fortune qu'on avait ou qu'on aura... J'ai travaillé devant des têtes couronnées... L'empereur du Brésil est venu chez moi avec l'illustre poète Victor Hugo... C'est cinq francs pour les cartes et la main, vingt francs pour le grand jeu... Madame la princesse veut-elle le grand jeu?
Madame d'Ormonde éclata de rire, d'un rire sonore de gamine qui s'amuse. Ils gravirent l'escalier et monsieur de Fontrailles ouvrit la porte vitrée que voilait d'épais rideaux de cotonnade rouge.
Alors la jeune femme eut une exclamation de surprise. L'intérieur de la carriole était plein de roses, arrangé de la façon la plus coquette comme pour un rendez-vous d'amour. Sur une table de laque entourée de piles de coussins, un souper attendait on ne savait qui, et au fond, voilé par une portière en fines lamelles de jonc incrustées de nacre, on devinait un grand lit, large comme un reposoir, un de ces lits d'où montent comme de luxurieuses suggestions!
Xavier avait refermé la porte, madame d'Ormonde le regardait d'un air tout drôle avec un peu de rougeur aux joues, des vibrations dans les narines, des yeux troubles qu'il ne lui avait jamais vus.
Très bas, le cœur battant à coups précipités, il lui murmura à l'oreille:
—Eh bien, cette fois, le décor vous plaît-il?
Elle répondit en lui tendant ses lèvres. Et, tandis qu'il mettait le verrou, elle emplit les coupes d'extra dry, joyeux à voir comme de la peau de blonde, s'exclama à l'étourdie comme si elle eût été déjà un peu grise:
—Décidément, je veux bien le grand jeu!
Et ce fut ainsi que madame d'Ormonde trompa pour la première fois—sérieusement—son mari, au milieu de la foire de Saint-Cloud, dans une roulotte de somnambule.