Mais, à certaines dates, la malheureuse se métamorphosait, s'animait, devenait tragique, autant que l'une de ces victimes de la Fatalité qui se dressent dans le théâtre grec. On ne pouvait plus la tenir. Elle allait et venait dans sa chambre comme une bête qui veut s'évader, qui cherche une issue.
Elle repoussait d'imaginaires ennemis, hurlait à la mort, frissonnait, claquait des dents, semblait un arbrisseau que tord quelque furieuse tempête.
Et elle avait cette idée fixe que sa tête ne tenait plus sur ses épaules, vacillait, roulait sur le tapis, que de l'horrible plaie de son cou décollé, du sang, des ruisseaux, des fleuves de sang jaillissaient comme d'une intarissable source, l'inondaient, perçaient ses vêtements, se figeaient sur sa peau, maculaient ses petites mains crevassées, parchemineuses.
Et pour qu'elle ne se tordît pas en des convulsions d'horreur, on la déshabillait et on la rhabillait, on lui lavait les doigts, le visage, on l'essuyait durant des heures et des heures...
J'ai vu cela, moi, et je ne l'oublierai jamais, quand même je devrais vivre cent ans, je détesterai cette république qui commença dans le sang des guillotines, qui n'épargna même pas les femmes...
LA
DAME AUX GARÇONNIÈRES
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—Elle a, en effet, s'écria avec son flegme accoutumé lord Ashton, toutes les apparences d'un petit monstre qui aurait une pierre infrangible et glacée à la place du cœur, qui semble avoir été jetée dans la vie par quelque divinité cruelle pour y semer les tristesses, pour y endeuiller les maisons, pour n'y commettre que de mauvaises actions.