Vous souriez, et je vous jure cependant que c'est l'absolue vérité.

L'impudique idéale qui vous brûle jusqu'aux moelles quand elle se donne, qui vous fait vraiment comprendre ce qu'il y a d'éperdu, de suprême, d'anéantissant, de céleste dans la possession, dans le baiser, qui ne triche jamais, qui perd le sentiment de tout, tombe en de démoniaques extases entre les bras d'un amant qui sait en jouer, lui arracher des vibrations comme à une viole merveilleuse, cette femme dont les caprices s'éteignent aussitôt ainsi que la flambée d'un feu de joie, dont les billets d'adieux, les lettres qui vous sonnent le glas, qui vous décommandent au paroxysme des tendresses et du désir, sont des chefs-d'œuvre de rouerie et de cruauté implacable, madame de Foliance ne se livre qu'avec l'arrière-pensée de jeter son corset et ses jupes de dentelles en une garçonnière où elle bouleversera tout, cherchera des effets de couleur et des effets de lumière, dictera ses fantaisies d'ameublement à celui qui l'adore...

Le cadre l'intéresse plus que l'amant. Elle s'en délecte, s'y attarde, et dès qu'elle s'y est accoutumée, s'y est assez vue, disparaît du soir au lendemain pour toujours, passe à un autre, recommence la même comédie décevante, le même travail auquel on attache bêtement ses chimères et qui vous fait rêver des intimités idéales que rien ne rompra, des années de bonheur et d'enchantement qu'aucun désastre ne troublera.

L'amoureuse qui ne se contente pas d'offrir son corps aux caresses de l'amant, qui ne se jette pas dans l'alcôve, d'un élan sans regarder autour de soi, qui examine gentiment le logis dans ses moindres détails, qui cherche, réfléchit, hésite, conseille comme un locataire avant de signer un bail très long, l'amie qui pose à la petite femme sérieuse, qui vous donne envie de l'embrasser à chaque pas dans son inspection flâneuse, qui fait la moue à la pensée de s'installer en camp volant, semble avoir dans sa cervelle de mésange des suggestions de collage, n'est-elle pas la pire des tentations, l'alléchante, la plus désirable de toutes, surtout lorsqu'on croit l'enlever à un autre, lorsqu'elle est jolie, rieuse, amusante?

Et, conclut lord Ashton, comme je n'aime courir l'amour qu'en poste, que je redoute au tant que le feu ces liaisons dont le début est le plus savoureux, le plus triomphal des baisers, dont la fin est un sanglot d'amertume ou une litanie d'insultes rageuses, comme je n'ai jamais pu supporter dans mes aimoirs autre chose qu'un vaste lit, quelques fauteuils et tout ce qu'il existe de plus confortable en cabinet de toilette, j'ai battu en retraite aussitôt et échappé à cette femme de foyer.

N'avais-je pas raison et n'est-ce pas plutôt du Meilhac que de l'Eschyle?

LES BATTEUSES D'HOMMES

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