La plage solitaire semblait s'être agrandie.
Glauque, livide, s'apaisant, s'irritant, coup sur coup, bataillant contre les falaises, la mer était redevenue la bête inassouvie et perfide qui apeure les femmes et les mères, grondait sans cesse, emplissait le silence de hurlements et de plaintes tragiques.
Les vagues énormes éparpillaient les galets, se déchiraient aux pointes des écueils, escaladaient les digues avec un bruit de canonnade, se heurtaient l'une à l'autre, s'éployaient en éventails et en gerbes d'écume.
Les arbres se coloraient de safran et de rouille.
Aux épines et aux ramilles des haies, s'égrenaient sous les becs avides des oiseaux comme des chapelets de corail et d'améthyste.
Les feuilles tombaient.
Les soirées étaient froides et humides.
Le village avait repris son aspect accoutumé. Les derniers baigneurs s'étaient enfuis dès que l'automne avait changé de face.
Flossie commençait à déchanter. Elle aspirait fébrilement au retour. Elle s'énervait et s'angoissait. Elle se demandait mille fois par jour et par nuit pourquoi Ettore, qui l'avait brusquement quittée le 20 septembre, soi-disant pour une semaine et parce qu'un règlement de comptes exigeait sa présence immédiate à Paris, ne reparaissait plus, ne répondait ni à ses lettres ni à ses dépêches, quel qu'en fût le ton, ne lui envoyait pas un sou.
Que se passait-il donc?