« Ce n'est que ça, la mer? » s'écria Flossie Joy qui s'était élancée sur les coussins du landau et, agenouillée, n'écoutait plus les dernières recommandations que lui faisait à mi-voix le prince de Santa Venere.
Le cocher déambulait, à pas lourds, près des chevaux, les réveillait par instants d'un claquement de langue, chassait, du manche de son fouet, les mouches plates qui se collaient, avides, à leurs flancs creux couturés de cicatrices.
Dans la chaleur accablante de l'après-midi s'épandait, humide et imprégné de sel, le vent du large.
La gaze souple que la voyageuse avait enroulée autour de ses cheveux et de son cou pour les préserver de la poussière se gonflait comme une voile de bateau.
Les champs de colza en fleurs ondoyaient, veloutés et dorés. Des ormes tordus, brûlés aux revers de la route, glissaient de tremblantes ombres violettes. Et derrière la ligne majestueuse des falaises, par delà les enclos de pommiers, les jardins, les toits des villas et des chaumières, palpitait, sous un dôme de nuées, une immense nappe d'eau d'un vert trouble d'absinthe.
« Vrai, mon p'tit, je m'attendais à quelque chose de plus bath! » reprit la voyageuse avec une moue de désillusion.
Elle se rassit, préoccupée de soi, leva à hauteur des yeux la petite glace de sa « boîte à beauté », arrangea son chapeau de paille bise en forme de cloche qu'enguirlandaient des grappes de raisin, écrasa du rouge contre ses lèvres fraîches, duveta ses joues de poudre de riz, et, se sentant désirable et jolie, roucoula, les narines vibrantes, l'âme légère :
« Alors, le gros chou chéri à la dame, on va se gondoler? »
Ettore fronça les sourcils, ajusta son monocle et murmura d'un ton de gronderie ennuyée :
« Voyons, voyons, Floflo, de la tenue!… Je ne peux cependant pas vous seriner votre rôle cinquante fois par jour! »