— La ferme! »

Le gars était remonté sur son siège, rajustait soigneusement sa blouse bleue.

« Nous v'là tout de suite à Fontenailles, madame et m'sieur, fit-il obséquieux, songeant déjà à quelque pourboire opime. Sans me flatter, les bêtes auront bien gagné leur avoine. »

Il cingla l'attelage, qui descendit la côte en tanguant de droite et de gauche.

Des troupes bruyantes d'enfants couraient par les ruelles étroites du bourg, criaient, sifflaient, tels des vols de martinets dans la splendeur d'un soir d'été. De ridicules baigneuses, aux bonnets de caoutchouc, aux longs peignoirs rayés, se hâtaient vers la plage, où apparaissaient, alignées, des tentes roses et blanches. De vieilles femmes en haillons, des pêcheurs de crevettes courbaient l'échine sous de lourds haveneaux dont les mailles humides retenaient des touffes de goémons.

La monotone rumeur du ressac se perdait dans ce tumulte de dimanche.

Un manège de chevaux de bois, des baraques foraines, des boutiques de camelots, des confiseries à tourniquets encombraient la place de l'église, sur quoi de vénérables tilleuls formaient de leurs branches entrelacées une voûte lumineuse de charmille. Les murs, les palissades, les troncs des arbres donnaient de loin l'impression d'une mosaïque aux couleurs vives, étaient tapissés d'affiches, de journaux, d'images démesurées, de placards et de papillons.

Sur une large bande de calicot, entre deux mâts, à l'entrée de la grand'rue, s'étalaient une main indicatrice et ces mots : « Attention! On trouve tout chez Eudoxe Leguidecoq, au bazar du Progrès! »

Cependant les fenêtres s'ouvraient, les têtes se retournaient.

« Connaissez-vous ces gens-là? questionnait l'un.