Mais si, actuellement, on fixe à 108 espèces vivant à l’état libre et à 9 ou 10 espèces domestiquées le nombre des formes qui habitent la France, il faut ajouter que de nombreuses espèces, aujourd’hui éteintes et trouvées à l’état fossile, ont vécu dans notre pays. De ces espèces fossiles, les unes ont disparu dans le cours des temps d’une manière définitive, les autres sont représentées par une descendance retirée aujourd’hui dans les contrées du nord ou dans les régions chaudes; d’autres sont les ancêtres de nos espèces sauvages actuelles, peu, pas ou beaucoup modifiées, d’autres enfin, comme les Bœufs et les Chevaux fossiles ont donné naissance, au moins en partie, à nos espèces domestiques actuelles.
Il y eut, en effet, une époque où vivaient en France, pour ne citer que ceux-là, des Singes, des Lémuriens, des Édentés, des Siréniens, des Marsupiaux et des Éléphants.
La plupart de nos mammifères actuels français, belges ou suisses sont des espèces nées sur notre sol; cependant deux espèces de Rats, le Surmulot et le Rat noir, sont d’origine étrangère et ont envahi nos pays depuis des époques relativement récentes; et trois ou quatre espèces de Phoques ne sont réellement pas françaises puisqu’elles n’apparaissent sur nos côtes que d’une façon tout à fait exceptionnelle. Il en est de même de certains Cétacés.
D’un autre coté, le nombre de nos mammifères se trouvera tôt ou tard diminué de plusieurs espèces, qui vont inévitablement disparaître de la terre française aussi bien que de la Belgique et de la Suisse. Tels sont, sans parler des Phoques et des Cétacés, le Lynx qui n’est plus représenté chez nous que par quelques rares individus, le Loup, le Castor, l’Ours, le Bouquetin, qui, à coup sûr, auront cessé d’exister dans un demi-siècle. D’autres, comme le Cerf, le Chamois, le Mouflon et peut-être le Chevreuil et le Lièvre ne pourront subsister que s’ils sont protégés.
Si on veut classer nos mammifères en animaux utiles ou nuisibles à l’homme, on peut dire que toutes les Chauves-Souris sont des bêtes franchement utiles, que le Lièvre, le Chevreuil, le Chamois, le Bouquetin, le Mouflon ne commettent pas de dégâts appréciables et doivent être considérés comme des gibiers servant à l’alimentation.
Un certain nombre d’espèces doivent être dites à la fois utiles et nuisibles parce qu’elles nous rendent des services compensés par des inconvénients: ce sont le Cerf, le Sanglier, le Lapin, le Castor, la Taupe, le Hérisson et même les six ou sept Musaraignes.
Sont plutôt indifférents la Marmotte, le Loir, le Muscardin et le Rat des moissons. Doivent être considérés comme nuisibles l’Ours, le Loup, le Renard, le Blaireau, les Phoques, le Chat, le Lynx, tous les Mustelidés, les Rats et Campagnols, le Hamster, le Lérot, l’Écureuil et le Desman; l’Ours, le Lynx et le Loup, parce qu’ils s’attaquent à nos troupeaux et peuvent même être dangereux pour l’homme; le Renard, parce qu’il détruit les volailles et le gibier, ce que font aussi les Chats, les Fouines, les Putois et les Belettes; le Blaireau, parce qu’il saccage certaines récoltes; les Phoques et d’autre part le Desman et la Loutre, parce qu’ils chassent, tuent et consomment les poissons au détriment des pêcheurs; le Hamster et les Campagnols parce qu’ils causent un grand tort aux récoltes, le Lérot dévastant de son côté nos vergers; l’Écureuil, parce qu’il mange les jeunes oiseaux et les œufs ainsi que les pousses des conifères. Est-il nécessaire de parler des Rats et des Souris qui dévorent les provisions et les grains, le linge et une foule d’objets utiles à l’homme.
Il en est, parmi nos mammifères, dont le type n’a pas ou n’a guère varié, d’autres au contraire ont produit des variétés ou des races un peu différentes de l’espèce typique qui subsiste quand même, de sorte que ces animaux, bien que d’une espèce unique, offrent deux ou plusieurs formes légèrement divergentes. Le cas se présente lorsqu’une même espèce a été reléguée sur des points éloignés sans communication possible durant de longs siècles, ce qui est arrivé par exemple pour le Bouquetin qui, depuis bien longtemps, n’habite plus que les sommets des Alpes et des Pyrénées; les deux formes sont devenues un peu différentes, tout en conservant entre elles les plus grandes affinités. Chez d’autres espèces, comme chez le Rat ordinaire, on rencontre des individus n’ayant plus tout à fait la coloration de l’espèce-type, et comme ces individus reproduisent identiquement la même forme, les observateurs ont, après avoir donné les caractères de l’espèce, décrit ces variétés comme simples races en indiquant les différences. Mais d’autres zoologistes ont franchement classé comme espèces propres ces formes particulières. On peut approuver ou blâmer cette manière de faire d’après le point de vue auquel on se place, puisqu’une pareille race peut en définitive disparaître en se fondant dans le type, ou toujours subsister comme variété, ou devenir à un moment donné, par ses caractères de plus en plus tranchés, une espèce naissante.
Il est en effet indispensable, pour la classification, de considérer comme espèce et de nommer comme telle, toute forme ayant des caractères spéciaux assez nets, mais on sait aussi combien, en certains cas, ce terme «espèce» peut être vague, et on se demande parfois si une deuxième forme assez semblable ou très semblable à une autre doit être dite espèce voisine, simple race ou variété de la première.
Pour bien connaître les animaux, il faut les observer quand c’est possible, vivants et agissants, ou au moins les examiner dans les musées et dans les collections. On se fait ainsi une idée des formes et couleurs spéciales à chaque espèce et des différences existant avec les espèces alliées ou voisines.