Il faut avoir une âme aussi délicate que sensible, pour concevoir quelle volupté c'est, pour un tendre amant, de toucher les habits, la jolie chaussure de ce qu'il aime. Madame Benoît a rendu avec beaucoup de chaleur l'intéressante situation d'un amant qui palpe le pied mignon de sa maîtresse:

«Le véritable amour est muet dans ses premiers ravissements; à peine laisse-t-il échapper un soupir. La crainte, une douce confusion d'une part; le silence, les timides regards de l'autre, voilà son langage le plus énergique.... Isidore oublie de s'acquitter du ministère pour lequel il a été mandé. La marquise l'en fait souvenir en bégayant.... Isidore cherche ses mesures... il ne trouve rien; il ne sait ce qu'il fait; il plie un genou. Son procédé n'en exige pas davantage; mais ce n'est point assez au gré de la vénération qui lui inspire une personne qu'il regarde comme une divinité; il se prosterne à ses pieds. La marquise ne s'y oppose point; elle n'est plus en état de juger; elle n'ose le regarder; elle ne voit pas ce qu'il fait. Cependant elle decouvre son pied, le présente, non sans hésiter, sans le retirer plusieurs fois. Une pudeur divine, vraie fille du sentiment, lui fait craindre que la palpitation qu'elle éprouve ne se transmette jusqu'à ses extrémités, et ne décèle au trop heureux Isidore l'ouvrage de ses charmes. Il lui semble accorder une faveur de se laisser toucher le pied par un homme qui lui fait tant d'impression. Elle balance; elle se croit même obligée de lui refuser cette douceur, malgré le prétexte qui l'autorise. Le cas où se trouve son amant la rend aussi scrupuleuse que la plus sévère Espagnole. Elle se détermine enfin à dérober le charmant extrait de toutes ses autres beautés; mais la mule qui renferme cet abrégé des grâces est si mignonne, si petite qu'elle échappe à des yeux occupés de tout autre objet. Pendant cette vaine recherche, le calme revient un peu. Madame d'Olfond se rappelle qu'elle est très pressée des souliers qu'elle demande. Isidore procède; on voit ses mains trembler. On sent des torrents de flamme qui s'en échappent. Il laisse des traces de feu à tout ce qu'il touche; il brûle, il consume partout où son heureuse main s'imprime. Il ignore son triomphe; éperdu d'amour et de volupté pure, il ne forme aucun désir, et jouit de toutes les délices sans rien posséder. Moment fortuné! bonheur digne des dieux! pourquoi êtes-vous si rares! Agathe et Isidore, Ire partie, pages 292 et suiv.

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..... Mea cymba.....

Illum, quo læsa est, horret adire locum.

Trist. eleg. I, v. 83.

Note de la page 129, après le mot rapidement.

Possesseur d'une aimable femme

Aux grands yeux noirs, à la belle âme,

A taille fine, aux PIEDS MIGNONS,