(Il lutte contre la fatigue et finit par s'endormir. La tempête recommence. Le temps s'assombrit. Dans le lointain se montre le vaisseau fantôme avec ses voiles d'un rouge de sang et ses mâts noirs. Il s'approche avec rapidité du rivage à côté du navire norvégien. L'ancre tombe avec un bruit terrible. Le Pilote de Daland s'éveille en sursaut. Sans quitter sa place, il jette un coup d'œil sur le gouvernail, et, assuré que tout est bien, il murmure quelques mots de sa chanson.)

Sans un bon vent du sud, jamais...

(Il se rendort.)

SCÈNE III

LE HOLLANDAIS, LE PILOTE, endormi.

(Sans le moindre bruit l'équipage fantastique du vaisseau fantôme cargue ses voiles. Le Hollandais descend à terre.)

LE HOLLANDAIS.

L'heure a sonné! Sept ans avec l'aurore
Sont écoulés! Le flot
Lassé me rejette aussitôt.
Ah! superbe Océan, bientôt
Tes flots me porteront encore.
Ta rage expire, et ma peine est sans fin!
Je cherche en vain
Sur cette terre
Celle en qui j'espère.
Mer, tu seras le témoin de mes maux
Jusqu'au moment où l'abîme en repos
Verra tarir enfin les flots.

Combien de fois, las de souffrir.
Je courus affronter l'orage!
Hélas! la mort sembla me fuir.
En vain ma rage
À maint écueil
Souvent demanda le naufrage.
Jamais ne s'ouvre mon cercueil!
Parfois j'ai bravé le pirate,
Dans les combats cherchant la mort.
«Viens! viens! que ta bravoure éclate;
L'argent ruisselle sur mon bord...»
Des mers j'ai vu l'enfant sauvage
En se signant au loin s'enfuir.
Combien de fois, voulant mourir,
J'ai défié les vents, l'orage!
Dans l'espérance d'un cercueil,
Souvent j'allai chercher l'écueil;
Mais ni la tombe ni la mort!
Tel est l'arrêt cruel du sort!

Ange du ciel, messager d'espérance,
Qui du salut m'as montré le chemin,
En m'annonçant un jour de délivrance,
T'es-tu raillé de mon cruel destin?