Elle lui enleva le couteau.

« C'est fini, dit Nimfodora avec un joyeux sourire. Voilà mon sang. Prends-le. Il t'appartient. »

Mardona saisit la jeune fille dans ses bras et couvrit son visage pâle d'ardents baisers. Sabadil examinait Nimfodora avec étonnement. Elle lui paraissait si étrange, si extraordinaire: une créature surnaturelle enfin. Mardona aussi l'étonnait, car, tout en assaillant Nimfodora de doux reproches, elle se lava bel et bien le visage de son sang. Elle prit même le bras de la jeune fille et y appliqua ses lèvres, buvant le sang qui coulait de la blessure. Elle apporta ensuite, sans se hâter le moins du monde, un mouchoir, le trempa dans l'eau froide et banda la plaie. Puis elle se remit à embrasser Nimfodora et à la caresser.

Lorsque la lune parut au-dessus du rideau sombre de la forêt,
Nimfodora se prépara à retourner chez elle.

« Tu ne vas pas te rendre à Brebaki si tard? demanda Mardona.

- Je le dois: mes parents m'attendent.

- Si vous le désirez, Nimfodora, je vous reconduirai.

- Je vous remercie et j'accepte.

- Non. Tu ne partiras pas, interrompit Mardona. Je te le défends. Tu as perdu trop de sang. Et on dit que des loups se montrent dans la contrée. Tu resteras auprès de moi. »

Nimfodora baissa la tête d'un air soumis.