Le vieillard lui montra les clous.

« Ceux-là sont-ils assez grands? »

Mardona affirma de la tête. Ils déchargèrent la croix, l'appuyèrent au mur, derrière la maison, et s'éloignèrent. Sur la chaussée ils rencontrèrent les Duchobarzen qui arrivaient par masses. La Mère de Dieu les aperçut, elle aussi. Elle devint extraordinairement pâle et rentra dans la maison de son père, à pas lents.

La métairie, la cour, la chaussée se remplissent bientôt de monde. Les paysans étaient graves; ils avaient revêtu leurs habits de fête. Un murmure confus traversait la foule. Les regards de tous se fixaient sur la maison et les fenêtres de la Mère de Dieu; on lisait l'inquiétude sur chaque visage.

Tout à coup une nouvelle procession, poussant des clameurs sauvages, arriva, du côté de Brebaki. A sa tête on voyait Wewa, à cheval. Elle avait mis son manteau rouge et ses colliers de ducats et de coraux. Elle portait sur le front une couronne de paillettes d'or, et aux pieds des bottes de maroquin bleu. Sukalou conduisait son cheval par la bride. Sofia aussi était à cheval, à côté de Wewa, brandissant un knout. Un jeune géant habillé en paysan portait une grande bannière, où était dessinée l'image de la Vierge.

Wewa s'arrêta devant la porte, et leva les bras au ciel solennellement.

« Où est Sabadil? s'écria-t-elle d'une voix de tonnerre. Vous le retenez prisonnier sans mandat, contre la loi? Rendez-nous sur-le-champ Sabadil. Je vous l'ordonne, moi la Mère de Dieu!

- Quelle audace! cria Barabasch rouge de colère! sortant brusquement de la foule. Sauve-toi aussi vite que possible, je te le conseille, car c'est aujourd'hui qu'auront lieu le jugement et la punition des impies.

- Un jugement! cria Wewa avec fureur, oui, un jugement! Et c'est moi, la Mère de Dieu, qui le rendrai. Je suis venue prononcer l'anathème sur cette fausse prophétesse, cette hypocrite, cette Athalie! Je le prononce maintenant sur vous, idolâtres, qui offensez l'Éternel, journellement maudits! Je vous voue à jamais aux flammes de l'enfer.

- Silence, païenne, vociféra Barabasch. Que tes péchés t'étouffent! »