Quand Mardona se montra, au seuil de sa maison, Wewa et Sofia s'approchèrent pour baiser ses pieds humblement et pour la remercier de la punition qu'elle leur avait infligée. La Mère de Dieu se montra pleine de compassion. Elle eut un sourire aimable, et les baisa toutes les deux au front; puis elle se tourna vers la foule.
« Sukalou supporte la punition infligée aux gourmands et aux ivrognes, dit-elle. Ceux qui lui aideront à faire pénitence obtiendront la rémission de leurs péchés. »
Aussitôt les hommes et les femmes se pressèrent autour du malheureux Sukalou. Chacun, à sa manière, l'aida à faire pénitence. Anuschka lui barbouilla le visage avec de la boue; Sofia se haussa sur la pointe des pieds et lui bourra la bouche d'ordures, et Wewa, acclamée par les rires de tous, lui remplit le nez de poivre. Le sauvage Barabasch arriva portant une bûche enflammée et lui alluma les cheveux. Sukalou hurlait comme un possédé; Kenulla l'arrosa d'un seau d'eau froide. Les flammes s'éteignirent, mais au bout d'un instant Sukalou disparaissait sous une couche de glace, et criait en pleurant qu'il gelait.
« Réchauffez-le, dit Mardona. Ayez-en pitié! »
Une trentaine d'hommes alors se mirent à rosser Sukalou. Ils lui tombèrent sus avec des verges, des bâtons, des fouets et des cannes. Ceux qui regardaient de loin le criblaient de boules de neige et de pierres aiguës.
« Je ne le ferai plus, gémissait-il. Aie pitié, Mardona. Grâce! reine des anges! Ne me tue pas, tour d'ivoire!
- Dieu t'est-il réellement apparu? demanda Mardona, très digne.
- Non! non! non!»
Lorsque Sukalou fut remis en liberté, il se traîna aux pieds de la Mère de Dieu, pressa ses lèvres sur les bottes de cette dernière et poussa de longs gémissements, comme un chien qui a recule fouet. Mardona sourit d'un air satisfait.
Turib, cependant, venait d'atteler à un traîneau trois petits chevaux pétulants. Il conduisit l'attelage devant la demeure de ses parents. Ceux-ci en sortirent, baisèrent les mains de la Mère de Dieu et montèrent en traîneau. Anuschka s'assit près d'eux en hésitant. Quant à Jehorig, il refusa de s'en aller, au premier abord. Mais Mardona le lui ordonna. Il obéit enfin, comme les autres. Turib s'était établi sur le siège.