Il était mort!

Mardona passa toute la nuit assise sur le banc du poêle, les yeux arrêtés sur le cadavre, les mains jointes sur ses genoux, pâle, muette, sans verser une larme.

Sukalou escalada la haie secrètement et traversa, aussi vite que ses longues jambes le lui permettaient, les champs couverts de neige, pour se rendre au village. Il ne pressentait rien de bon. Sofia aussi avait disparu, sans qu'on sût où elle avait passé. Les autres étaient allés dormir.

A l'aube, Barabasch se rendit auprès de Mardona, et lui demanda si ce ne serait pas mieux d'ensevelir le cadavre sans rien ébruiter.

Elle ne lui répondit rien. Elle resta là assise depuis le matin jusqu'au soir, inanimée, sans dire un mot, sans bouger, sans manger ni boire. La nuit suivante elle ne dormit pas non plus.

Lorsque le soleil rosa les cimes des sapins, le troisième jour,
Barabasch se précipita dans le temple, tout effaré.

« On aperçoit des fusils et des épées qui brillent au loin, annonça-t-il tout essoufflé. Ils veulent te faire prisonnière. Saute à cheval et prends la fuite. Je les retiendrai aussi longtemps que possible. »

Mardona secoua la tête, Nimfodora suivait Barabasch.

« Fuis avant qu'il soit trop tard, cria-t-elle, se jetant à genoux devant Mardona, et la suppliant, levant à elle ses mains jointes.

- Je ne fuirai pas », répondit Mardona.