- Chez nous, mon ami, lui répondit Mardona, il n'y a pas de maîtres et pas de valets: il n'y a que des frères et des soeurs. C'est Dieu qui a créé tous les hommes. Ils sont égaux et il n'en est pas un qui ait un avantage sur l'autre.»

CHAPITRE VIII

Wewa possédait à Fargowiza-polna une jolie propriété; elle avait une maison, une petite ferme, du bétail, des chevaux et de la volaille en abondance. En outre, elle avait plus de deux mille florins à la caisse d'épargne et une centaine de florins dans une cruche de grès placée dans sa chambre. En somme, elle était un bon parti, d'autant plus qu'elle n'avait pas d'enfants. Elle était active, très travailleuse, douée d'une certaine intelligence et fort bien conservée. Ce sont les considérations qui décidèrent Sukalou, après quelques jours de réflexions, à lui rendre visite. Il marmotta des prières, tout le long, en y allant, et en même temps il calculait avec soin les avantages que cet hymen pourrait bien lui apporter.

Wewa le vit de loin, comme il s'était arrêté au milieu de la route pour bourrer son nez de tabac, et, quoiqu'elle fût déjà très bien mise, elle se hâta de faire un peu de toilette. Elle remplaça le mouchoir blanc qui recouvrait ses cheveux par un foulard aux couleurs vives, et attacha cinq rangs de gros coraux autour de son cou blanc et gras. Elle passait justement sa sukmana de drap vert foncé lorsque Sukalou frappa à la porte.

« Qui est là? demanda-t-elle, et un sourire malicieux entr'ouvrit ses lèvres roses.

- C'est moi, Wewa, si vous voulez bien me permettre….

- Seigneur! qu'entends-je?… Mais c'est Sukalou. »

Elle ouvrit la porte et embrassa cordialement le nouveau venu.

« Entre, mon bien-aimé, à quoi bon toutes ces façons? Tu es ici chez toi; mets-toi à ton aise. »

Elle lui enleva son chapeau et sa canne, lui avança une chaise, ferma la porte et appela Lisinka, prestement et sans trahir aucun embarras. Puis elle prit place en face de lui, lissant soigneusement ses jupes amidonnées et faisant bouffer sa chemise couverte de broderies.