- « Et il vit des gens, assis dans le temple, et qui vendaient des boeufs, des moutons et des pigeons, dit Mardona, d'une voix forte et avec un oeil sévère, et des changeurs et des banquiers. Et il prit des cordes; de ces cordes il tressa un fouet, et il chassa avec ce fouet tous ces commerçants qui souillaient le temple avec leurs boeufs et leurs brebis. Il renversa les tables des changeurs et foula aux pieds leur monnaie, et il chassa les marchands de pigeons, en criant: « La maison de mon Père est une maison de prières: vous en avez fait une caverne de voleurs! »

- Songe à ma mémoire, petite mère, à cette vieille mémoire qui me fait défaut, pleurnicha Sukalou! Si je t'ai vendu les martres trop cher, je suis prêt….

- Silence!

- Je me tais. »

Et Sukalou, saisi d'une frayeur mortelle, prit une pincée de tabac, puis une autre, sans interruption, durant quelques secondes.

Tu as trompé, tu dois être puni, continua Mardona. Tu m'as trompée, moi, et ta punition sera double, comme ta faute. Je te pardonne. Mais le salut de ton âme exige que tu fasses pénitence et que tu jeûnes pendant trois jours.

- Je mourrai, Mardona.

- Le premier jour, tu ne recevras rien à manger. Le second et le troisième jour, on te donnera un morceau de pain et une cruche d'eau. De plus, tu auras à réciter mille fois l'Oraison dominicale. »

Sukalou, éperdu, embrassa nerveusement les genoux de Mardona.

« Fais-moi battre, petite mère, supplia-t-il en pleurant, ou plutôt bats-moi toi-même. Ce sera pour moi une joie d'être battu par ta jolie petite main d'ivoire. Fouette-moi de verges, de cordes, ou avec un bâton; fouette-moi aussi longtemps que cela te conviendra; mais, pour l'amour de Dieu, ne me fais pas jeûner! »