- « J'ai rejeté Mardona, la fille d'Ossipowitch, et je choisis pour lui succéder Wewa, la veuve de Skowrow. C'est elle qui sera votre Mère de Dieu… Va la trouver, mon cher Sukalou, et annonce-lui cette nouvelle, - remarque que Dieu m'a nommé son cher Sukalou, - et adore-la! »

Sukalou se jeta à genoux et embrassa avec frénésie les pieds de la veuve.

« O mon étoile, dit-il, jardin céleste, riche en joies et en béatitude, toi, bonheur des anges et reine des mortels!

- Mais….dis-tu bien la vérité? demanda Wewa, dont le visage resplendissait. Pourquoi Dieu ne m'apparaît-il pas, à moi, pour m'annoncer sa volonté?

- Les décrets de l'Eternel sont insondables, répliqua Sukalou. Il m'envoie vers toi, comme il envoya l'ange à Marie.

- Puisque c'est la volonté de l'Eternel, dit Wewa qui avait repris tout son sang-froid et redressait fièrement la tête comme un cheval de traîneau, j'obéirai. Je vais revêtir tout de suite l'emploi saint qui m'est assigné. Je le remplirai en toute humilité, consciencieusement et fidèlement.

- Oui, sainte femme, oui, agneau pascal, j'en suis bien sûr, s'écria Sukalou. Et avant tout, n'est-ce pas? tu viendras en aide aux malheureux, tu rassasieras les affamés, et tu donneras à boire à ceux qui ont soif. Tu me vois à tes pieds, Wewa; j'implore ta pitié.

- Relève-toi », répondit Wewa.

Elle s'avança vers la table, portant une grande terrine de kasche. Sukalou la suivit, se léchant les lèvres avec gourmandise.

« Tiens! - elle posa la terrine sur la table - assieds-toi près de moi, messager de Dieu. Nous allons manger ensemble, puis nous parlerons de nos projets. Lisinka! Lisinka, où donc es-tu? »