« Oui, c'est sûr! Maintenant tu baisses la tête », reprit Zomiofalski.
Il arpenta la chambre à grands pas, les mains derrière le dos.
« Vous êtes tous les mêmes, vous autres paysans! tous! Vous vous moquez de la légalité et de l'ordre, aussi longtemps que cela va. Vous êtes des rebelles, des haydamaks! Vous voulez vous venir en aide à vous-mêmes, c'est bien, mais vous oubliez qu'il y a des bornes. Vous empiétez sur les droits de votre prochain. Une vie d'homme, à vos yeux, ce n'est donc rien? »
Mardona releva la tête lentement. Pour la première fois, ses yeux rencontrèrent ceux de son juge. Celui-ci tressaillit: les paroles lui manquèrent.
« Tu refuses de croire que tu as manqué gravement à la loi, dit-il après une pause, en dévorant du regard la belle fille. Tu tiens la place de Dieu, n'est-ce pas? Tout t'est permis. Tu n'as de compte à rendre à personne, n'est-il pas vrai? Mais, aux yeux de la loi, tu es simplement une criminelle. »
Mardona ne chercha pas à se justifier. Elle était toujours debout devant Zomiofalski, et le regardait silencieuse. Il lui parlait d'un ton plus doux; il s'embrouilla dans son discours, et finalement perdit complètement le fil de ce qu'il avait à lui dire.
« Ah oui! que voulais-je donc ajouter?… Je crois que tu auras grand'peine à éviter la prison, reprit-il lorsqu'il se fut remis de son émotion. Nous ne pouvons pas te ménager, tu comprends? Devant les lois il n'y a ni princes ni mendiants. Mais… peut-être auras-tu des circonstances atténuantes à faire valoir? Parle, dis-moi tout sans crainte. Nous ne sommes pour votre secte ni des amis ni des ennemis. Nous voulons être justes. Tu objecteras, peut-être, qu'ainsi que toi la loi punit l'adultère et le crime; sans doute. Mais nul n'a le droit de prévenir nos décrets. Ce…. Comment s'appelle-t-il, cet homme…? Il aurait dû porter plainte contre sa femme, tout simplement. Mais, je comprends,… ta vanité s'est sentie flattée du rôle que l'on t'attribuait. Il te plaisait, ce rôle de juge, auquel tu n'as cependant aucun droit.
- Lampad Kenulla aurait-il dû faire jeter sa femme en prison? » demanda Mardona.
C'étaient ses premières paroles.
« Nous rendons la justice, et nous punissons poussés par l'amour chrétien, continua-t-elle; c'est le bien de notre prochain que nous avons en vue. »