- Laissez-moi seulement deux minutes pour m'habiller."
Sergitsch sortit de la chambre, et, en quelques instants, Dragomira fut prête à partir. Après avoir donné différentes instructions à Cirilla, elle quitta la maison avec Sergitsch et se rendit chez lui pour prendre la robe et le mouchoir de tête d'une infirmière. Elle était étrangement belle dans ce costume de religieuse; son visage surtout, ordinairement austère, avait la douce expression d'une figure de madone. Quand Sergitsch l'eut enveloppée dans une grande fourrure de renard qu'il tenait toute prête, il lui remit une lettre cachetée qu'elle ne devait pas ouvrir avant d'être à destination, et la fit monter dans une voiture qui attendait et que conduisait le paysan Doliwa, un de ses affidés. Puis Dragomira quitta Kiew. La route, boueuse et sans fin, traversait un pays désert où il n'y avait rien à voir que des bandes de corneilles et des saules rabougris.
Dragomira arriva à midi, se chauffa un peu, ouvrir la lettre de l'apôtre, la lut deux fois avec la plus grande attention et la mit ensuite dans le poêle. Quand elle fut bien sûre qu'il n'en restait pas trace, elle entra tout doucement dans la chambre de la malade.
C'était une grande salle, où l'on ne voyait pas très clair, à cause des rideaux de couleur sombre qui étaient fermés. Il y régnait une odeur lourde et engourdissante.
Dragomira commença par tirer les rideaux et ouvrir la fenêtre.
"Le médecin l'a bien dit, murmura la vieille femme qui était auprès du lit, mais nous n'avons pas osé."
La malade ouvrit les yeux, s'appuya sur le bras gauche et regarda Dragomira avec étonnement. C'était une femme d'environ quarante ans, maigre, aux joues creuses; sa chevelure embrouillée avait des reflets rouges, et ses grands yeux gris hallucinés semblaient percer la jeune fille qui se tenait tranquillement devant elle.
"Qui êtes-vous? demanda-t-elle.
- L'infirmière de Kiew.
- C'est bon. J'en suis bien aise. Et comment vous nommez-vous?