Le jour commençait à poindre; Mme Samaky, après avoir sommeillé quelque temps, s'éveilla, prit sa potion et regarda Dragomira d'un oeil scrutateur. "Je veux un prêtre, murmura-t-elle.
- Tout de suite?
- Tout de suite."
Dragomira envoya chercher un prêtre.
La malade se confessa et reçut la communion.
Quand le prêtre l'eut quittée, elle se trouva bien et causa gaîment avec Dragomira.
"Conseillez-moi, dit-elle enfin, qui dois-je faire mon héritier? je n'ai plus que des parents éloignés qui se sont assez mal conduits envers moi. Ne vaudrait-il pas mieux laisser mon bien à n'importe quelle institution pieuse?
- Sans aucun doute, répondit Dragomira, c'est Dieu qui vous a inspiré cette pensée. Faites un testament en faveur de notre confrérie: elle donne à manger à ceux qui ont faim, elle habille ceux qui sont nus, elle soigne ceux qui sont malades. Ce sont des milliers de bienfaits dont votre générosité sera la source jusque dans l'avenir le plus reculé.
- Oui, c'est ma volonté; prenez du papier et de l'encre."
Dragomira fit ce que la malade demandait, et celle-ci se mit à dicter. Quand le testament fut terminé et que Dragomira l'eut relu, Mme Samaky le signa. "Mettez-le là dans le bureau, dit-elle, ou plutôt non, il vaut mieux que vous le gardiez; c'est sur vous qu'il sera le plus en sécurité. On ne peut pas savoir, il y a de méchantes gens. Ma famille a pour sûr un espion ici."