"Vous ne me dites rien, Anitta, reprit le comte.

- Que puis-je vous dire? Je suis si inexpérimentée, si sotte peut-être."

Par bonheur pour elle, sa mère revint. Le comte se mordit les lèvres. Pour cette fois, l'occasion était perdue.

Il resta pour le thé, mais Oginski était revenu du Casino, et l'engagea dans une ennuyeuse conversation politique et économique. A un moment, il put adresser la parole à Anitta; elle ne lui répondit qu'en hésitant et par monosyllabes. Mme Oginska vit un nuage de mécontentement sur le front de Soltyk. Aussi, quand le comte fut parti et qu'Anitta fut rentrée chez elle pour se coucher, elle vint doucement dans la chambre de la sa fille, s'assit sur le bord du lit et se mit à la questionner.

"Heureuse enfant! dit-elle tout bas, en baisant sa fille sur le front; à peine entrée dans le monde, quelle conquête!

- Qui veux-tu dire, maman?

- Qui? Soltyk. Quel autre pourrait-ce être? Tu ne penses pas, je suppose, au jeune officier?"

Anitta rougit.

"Quelle idée!

- Ce serait de la folie de gâter une si belle partie, continua Mme Oginska. Le comte est le plus brillant prétendant que tu puisses trouver. Il t'a peut-être déjà parlé de ses intentions?