- Moi!"

Dragomira se jeta avec une sorte de fureur farouche sur Mme Samaky. Celle-ci se défendit en désespérée. Ce fut une lutte sauvage et silencieuse. Enfin Dragomira réussit à serrer étroitement les deux bras de la malade et à poser un genou sur sa poitrine. Elle lui tenait maintenant la tête immobile comme avec un crampon de fer. Elle lui ouvrit la bouche, y versa la liqueur brune, puis la lui ferma rapidement avec le drap.

Quelques instants s'écoulèrent et l'agonie commença.

Dragomira lâcha sa victime. La malheureuse cria au secours; mais personne ne l'entendit.

"Voici celle qui doit te sauver, dit Dragomira fièrement et comme inspirée; c'est moi, pauvre pécheresse, qui t'ouvre le chemin du ciel."

Un dernier râlement, et ce fut tout; Mme Samaky n'était plus.

Dragomira s'agenouilla auprès du lit et se mit à prier à haute voix:

"Seigneur, sois miséricordieux pour sa pauvre âme; remets-lui sa faute, et aie pitié de tous ceux qui errent et pèchent sur cette terre."

Au bout de quelques instants, Dragomira ouvrit la fenêtre et alla dans le jardin pour enterrer au plus épais des broussailles le mystérieux flacon et le verre où était resté un peu de résidu. Au moment où elle revenait vers la maison, une forme sombre se détacha de la muraille.

"Qui est là? demanda Dragomira.