La deuxième balle entra dans l'épaule gauche, Pikturno essaya de se mettre à genoux.
"Grâce! disait-il en gémissant, pitié!
- C'est en Dieu qu'est la pitié," reprit Dragomira tranquillement.
Et elle continua à tirer sur Pikturno avec autant de sang-froid que si elle eût visé un but. Un troisième coup le frappa à la cuisse; un quatrième au ventre; la dernière balle lui entra dans la poitrine.
"Achevez-moi, disait-il d'une voix suppliante, tuez-moi.
- Priez."
Le malheureux fit une courte prière. Il y eut un éclair suivi d'une détonation, sa tête s'inclina sur sa poitrine, il était mort.
Dschika appuya son oreille contre le coeur de Pikturno. "Il ne vit plus", murmura-t-elle. Puis elle introduisit un doigt dans sa bouche et poussa un sifflement aigu pour rappeler les hommes. Pendant qu'ils creusaient une fosse sous le sapin, Dragomira sauta sur son cheval et reprit la route de Kiew.
Elle dormit le lendemain jusqu'à midi, et elle était assise devant sa table de toilette, occupée à se coiffer, lorsque le commissaire de police Bedrosseff, qu'il fut impossible d'arrêter, se précipita dans la chambre.
"Savez-vous, s'écria-t-il, l'aventure mystérieuse qui tient toute la ville en agitation?