Il sourit amèrement.
"Et vous croirez en moi?
- Oui, en vous; mais je me défie du temps. C'est une puissance redoutable qui détruit tout. Vous ne la connaissez pas encore. Elle tue d'une manière lente mais irrésistible les sentiments, les désirs, les projets, les passions, les souvenirs en les pétrifiant. Voir devenir indifférent un être que l'on aime est bien plus douloureux que d'être trahi par lui dans l'enivrement du bonheur. Je n'espère plus rien; aussi je vous rends votre liberté.
- Vous ne m'aimez plus, dit Anitta en se levant brusquement, voilà la vérité!
- Je vous aime d'un amour indicible, répondit Zésim, mais je ne peux pas, je ne veux pas voir comment, par de petits et misérables moyens, on détournera peu à peu votre coeur de moi, sans que vous vous en aperceviez et le sachiez. Et le jour viendra où vous-même vous trouverez de bon ton de sourire de cette folie de jeunesse.
- Oh! combien vous me connaissez peu!
- Prouvez-moi que je me trompe, continua Zésim; moi, je vous aimerai toujours. Montrez-vous forte; conservez-moi votre amour et votre fidélité. Qui vous en empêche, même sans vous enchaîner par des serments? Ce que je ne veux pas, c'est que vous me trahissiez; aussi ne doit-il y avoir entre nous aucun lien, ni promesse, ni foi jurée. Vous êtes libre, et je le suis. Nous n'avons plus aucune obligation l'un envers l'autre, et tout engagement cesse entre nous. Puis nous verrons que ce l'avenir apportera.
- Ah! Zésim, vous êtes dur pour moi; je ne l'ai pas mérité."
Elle retomba sur le banc, et couvrit son visage de ses mains. Des larmes brûlantes coulaient sur ses joues.
"Je ne puis m'empêcher de penser ainsi; condamnez-moi, mais je ne puis m'en empêcher!" s'écria Zésim.