"Vous êtes bonne, continua le comte en saisissant les mains d'Anitta, vous avez un coeur pour tous, excepté pour moi. Pourquoi faut-il que je reste comme l'ange déchu à la porte du paradis? Pourquoi n'avez-vous pour moi aucune aimable parole, aucun regard affectueux.

- J'ai de l'affection pour vous, reprit Anitta, en baissant sa jolie tête, mais ne me demandez pas de l'amour, je ne peux pas vous en donner.

- Etrange jeune fille!

- Pourquoi ne voulez-vous pas être mon ami?

- Je serai tout ce que vous voudrez, chère Anitta, dit Soltyk, il n'est rien en ce monde qui ne puisse s'obtenir par une volonté énergique; rien qui ne se laisse gagner par un dévouement fidèle; pourquoi n'en serait-il pas de même de l'amour, de votre amour, Anitta?

- Je ne sais pas, répondit-elle doucement, quoique avec une grande fermeté, mais je ne crois pas que l'amour puisse être gagné ni par des qualités supérieures, ni par des actions ou des sacrifices. L'amour nous est donné ou refusé, sans plus de motif dans un cas que dans l'autre. Il y a des puissances supérieures auxquelles nous sommes soumis sans pouvoir les approfondir.

- Alors vous ne me donnez aucune espérance?"

Anita resta muette. Le comte lui fit un profond salut et la quitta lentement; arrivé à la porte, il la regarda encore une fois. Elle lui tournait le dos et baisait son petit favori. Soltyk partit en poussant un soupir. Il s'était enfin déclaré, et elle l'avait repoussé. En pareil cas il eût haï ne autre femme; elle, il l'aimait encore plus; mais toute sa fierté, tout son orgueil farouche se cabrait à la pensée qu'un autre pourrait la posséder. Il était résolu à tuer quiconque se risquerait à lever le regard sur elle, et il était homme à exécuter cette résolution.

XXI

EFFET A DISTANCE