- Non, une demoiselle noble, qui vit très retirée chez sa tante, Mlle
Maloutine.
- La fille du colonel Maloutine?
- Oui, je crois.
- C'est une très bonne famille. Et quel roman y a-t-il avec la jeune fille?
- Il n'y a pas eu de roman, noble dame, répondit Sessawine, mais une aventure comme on en voit dans les légendes des saints.
- Alors dépêchez-vous donc de la raconter, dirent les jeunes dames du ton le plus pressant."
Sessawine décrivit simplement, sans exagération ni embellissement, la scène de la cage aux lions, telle qu'elle s'était gravée pour toujours dans sa mémoire. A plusieurs reprises, il fut interrompu par des cris d'étonnement, d'admiration; le comte Soltyk fut seul à ne donner aucun signe d'intérêt à ce récit. Assis à l'écart, les mains jointes, la tête penchée devant lui, le regard attaché au sol, il semblait à cent lieues de là, tandis qu'en réalité, il était très attentif, et écoutait à en perdre la respiration. Quand Sessawine eut fini il ne fit pas la moindre remarque, il ne dit pas un seul mot; mais de tous ceux qui avaient écouté avec un enthousiasme mêle de frisson, aucun n'avait éprouvé une impression qui pût seulement approcher de la sienne.
"C'est tout bonnement de l'enthousiasme pour cette belle Dragomira, dit Henryka à Sessawine pour le taquiner.
- Je ne m'en défends pas, répondit-il, mais je n'ai aucun motif de rougir de mon enthousiasme. Il est impossible de rester indifférent en présence de Dragomira. Jadewski lui aussi est enthousiaste de cette jeune fille."
Anita tressaillit et se détourna, elle se sentait rougir.