- Je suis une grande pécheresse.

- Peut-être te trompes-tu. Nous ne pouvons rien contre la volonté de Dieu. Qu'est-ce qui t'afflige? Qu'est-ce qui te tourmente, jeune fille? Dis-le.

- J'aime!"

Cet aveu sortit comme un souffle des lèvres de Dragomira. La tête inclinée, les mains croisées sur la poitrine, elle était là, prosternée comme une criminelle qui attend sa condamnation à mort.

"Je le savais, répondit l'apôtre avec douceur, à un moment où tu ne t'en doutais pas toi-même.

- Ma faute est grande, murmura Dragomira; j'en ai pleinement conscience; juge-moi, châtie-moi; je le mérite, et j'expirerai mon péché de ma vie si tu l'ordonnes.

- Comment juger, quand il n'y a rien qui réclame le juge? répondit l'apôtre. Comment punir, quand il n'y a pas de mauvaise action? La volonté de Dieu arrive toujours et partout, et nous devons nous y soumettre. Il serait téméraire de vouloir pénétrer ses desseins. Tu n'as pas cherché cet amour comme une joie, un plaisir; il est venu sur toi, malgré toi, comme une fatalité. Tu as lutté contre lui, et il te prépare maintenant de la douleur et de l'angoisse. Un pareil amour peut-il être coupable? C'est Dieu qui te l'a donné; nous sommes incapables de connaître quelles voies veut suivre sa sagesse. Notre affaire, c'est d'obéir à ses décrets. Tu n'as pas péché, Dragomira, je t'absous.

- Je puis donc l'aimer? demanda Dragomira.

- Oui.

- Mais cela ne lui suffit pas, continua-t-elle; il veut que je lui donne ma main. Il me presse, il me tourmente; jusqu'à présent je l'ai tenu éloigné de moi par toutes sortes de motifs. Que dois-je faire s'il me demande une réponse définitive?