Au bout de l'allée s'étendait un étang considérable, dont les bords étaient également garnis de peaux. Sur sa brillant surface, solidement gelée, s'élevait un petit temple bâti en blocs de glace, comme le célèbre palais construit sur la Néwa du temps de la czarine Anne. Dans ce temple, sur un autel élevé, se dressait une Vénus de glace, couronnée de fleurs. Tout autour du temple allaient et venaient joyeusement les patineurs et deux traîneaux attelés, l'un de rennes, l'autre de grands chiens. Le premier était dirigé par un Esquimau, le second par un Kamtschadale. Un choeur de chanteurs, composé d'ours blancs installés dans une tribune de bois toute revêtue de branches de sapin, accompagnait de ses airs les plus agréables les ébats des masques sur la glace, pendant qu'un cordon de dauphins de glace, qui encadraient l'étang et vomissaient sans relâche du pétrole enflammé, éclairait ce tableau d'une lumière magique et faisait de temps en temps briller le petit temple comme un édifice de diamants aux mille feux.
Pendant que la musique et les voix aux joyeux éclats produisaient un aimable chaos, de petites huttes de Kamtschadales, construites en peaux, disséminées dans les fourrés voisins et agréablement chauffées, invitaient les couples amoureux à de paisibles et charmants rendez-vous.
Entouré, entraîné par les masques folâtres, le comte avait été séparé des Oginski. Il découvrir tout à coup Dragomira qui seule se trouvait aussi sur la rive de l'étang et promenait ses regards au loin sur la foule, comme si elle cherchait quelqu'un.
"Vous avez perdu votre cavalier, dit Soltyk en s'approchant d'elle, puis-je vous offrir mes services?"
Dragomira prit sans façon le bras du comte qui lui montra le temple en souriant.
"Votre image, dit-il à voix basse.
- En quoi?
- Vous aussi, vous êtes une Vénus de glace.
- Ah! cher comte, ne savez-vous pas combien la glace fond rapidement quand vient le printemps?
- Oui, certes, répondit Soltyk; mais ce printemps, dont la chaude haleine doit vous vaincre, où est-il?