"Vous ne savez que vous jouer des femmes, et je ne suis pas un jouet."
Le comte se mordit les lèvres; au même moment Anitta approchait et la conversation prit fin. Dragomira prit le bras d'Anitta; puis toute les deux retournèrent dans l'antichambre pour ôter leurs fourrures et se perdirent ensuite dans le tourbillon des danseurs.
"Il sera à moi, se disait Dragomira, dès que je le voudrai; il ne me semble pas bien difficile à conquérir; mais il s'agit ici de quelque chose de plus; aussi la ruse et la prudence doivent donner la main à la coquetterie. La résistance paraît le séduire et lui troubler la tête plus que tout le reste. Pauvre comte! J'ai bien facilement l'avantage sur lui, puisque je n'éprouve rien pour lui."
Au milieu de ses réflexions, elle aperçut Zésim, qui était là, appuyé à une colonne. Il lui vint aussitôt une idée badine, et elle profita du moment où un danseur emmenait Anitta, pour se glisser comme un serpent, vite et sans faire aucun bruit, hors de la salle.
Dans le corridor, près des vestiaires, se trouvaient aussi quelques petits cabinets, disposés pour ceux qui voudraient se masquer pendant la fête. Dragomira fit signe à Barichar qui était avec les autres domestiques et gardait un grand panier. Mais au moment où elle allait entrer dans un de ces cabinets, deux bras souples l'enlacèrent presque tendrement et les yeux bleus d'Henryka la regardèrent avec un sourire malicieux.
"Enfin! Je vous tiens, s'écria l'aimable jeune fille, et maintenant vous ne m'échapperez pas.
- Si, répondit Dragomira en souriant, car j'ai une petite intrigue en tête, et vous ne voudriez certainement pas me gâter cet innocent plaisir.
- Vous vous masquez?
- Oui.
- Oh! je ne vous trahirai pas, continua Henryka, permettez-moi de vous accompagner et de vous aider."