- Non."

Le comte était encore debout devant Dragomira; il s'assit alors sur un divan, auprès d'elle, de façon à avoir un genou en terre, et il lui saisit les mains en lui disant:

"Je vous aime!"

Dragomira rit de nouveau.

"Vous pouvez rire, je vous aime pourtant, et je vous jure que vous êtes la première que j'aime. Jusqu'à présent je n'ai connu que des fantaisies passagères, parfois un court enivrement, mais mon coeur était libre, et surtout ma tête. Ce que j'éprouve en face de vous, je le ressens pour la première fois. Je ne suis pas exalté, je ne suis pas amoureux, je ne suis pas du tout ivre de votre beauté. J'ai le sentiment que vous avez été créée pour moi, que votre âme est de la même essence que la mienne, que la vie sans vous n'a aucune valeur, et que la vie à côté de vous serait le paradis. Si ce n'est pas là de l'amour qu'est-ce donc?"

Pendant qu'il parlait, les yeux de Dragomira s'attachaient sur son beau et mâle visage.

"Pauvre comte! dit-elle en relevant lentement la manche de son caftan, mais, en vérité, je commence à croire que vous m'aimez.

- Et vous me plaignez, s'écria Soltyk avec animation, parce que vous ne pouvez pas répondre à cet amour.

- Je ne vous aime pas…

- Parce qu'un autre possède votre coeur?