"Encore un mot!"

Dragomira la suivit et la prit par la main.

"Ne dis rien; j'ai pitié de toi; ce serait une douleur pour moi si tu devenais la victime de ton amour.

- Tu ne m'intimideras pas, dit Anitta; j'ai autant à perdre que toi, pas plus, pas moins."

Elle s'éloigna avec Tarass. Dragomira la suivit longtemps du regard; puis, au lieu d'entrer dans le cabaret Rouge comme elle en avait eu le dessein, elle revint chez Sergitsch, en faisant un détour. Là elle redevint la brillante et coquette femme du monde aux pieds de laquelle se prosternait toute la jeunesse de Kiew. Anitta rentra chez elle, quoique peu émue et animée, mais satisfaite d'elle-même. Elle sentait tout d'un coup toute sa force. La courageuse et pure enfant n'eut pas peur un seul instant à l'idée de la lutte qu'elle avait engagée. Mais elle était prudente; elle examina toutes les chances, pour ou contre, et songea à ses alliés. Avant tout, il y avait le P. Glinski. Elle lui écrivit immédiatement un billet qu'elle confia à Tarass, et le lendemain, pendant que ses parents étaient en soirée, elle attendit son vieil ami dans son petit boudoir.

"Eh bien, qu'y a-t-il de nouveau? demanda le jésuite en souriant, t'es-tu enfin convertie? Puis-je féliciter mon cher comte?

- Féliciter le comte?… Mais il ne pense plus à moi.

- A qui donc?

- Ne plaisantez pas, reprit Anita, j'ai à vous parler sérieusement. Il faut nous donner la main, agir d'un commun accord.

- Dans quelle intention?