Pendant que le comte et Tarajewitsch vidaient bouteille sur bouteille, l'agent de police faisait au commissaire Bedrosseff le rapport suivant:
"Il est certain que Dragomira va au cabaret Rouge habillée en homme, et que Pikturno y allait tous les jours. Il est également hors de doute qu'il faisait la cour à la juive Bassi Rachelles. Enfin, il a été bien établi qu'au moment où Pikturno disparaissait, Dragomira était absente de Kiew et que la juive n'était pas non plus à Kiew dans la nuit où Pikturno a été vu pour la dernière fois."
XI
CHASSE A L'HOMME
"Te voilà dans ton propre piège." OEHLENSCHLAGER.
Après avoir fait plusieurs tentatives pour rencontrer Dragomira, Zésim lui envoya une lettre de reproches. Elle lui répondit dans un style passablement ironique, en l'invitant à venir dans l'après-midi. Il arriva au moment où le jour baissait. Elle vint à sa rencontre avec un rire sonore, plus belle et plus séduisante que jamais.
- Encore une fois jaloux, mon ami? lui dit-elle d'une ton badin et comme une femme sûre d'avoir raison.
- Tu sembles éprouver du plaisir à me voir souffrir, répondit Zésim.
- Non, certes non, dit-elle. En somme, tu n'as pas le droit de m'accuser. Je t'ai dit loyalement ce que tu as et ce que tu n'as pas à attendre de moi. Lorsque nous revenions de Myschkow, je t'ai sincèrement donné ma main, pour toujours, mais à des conditions bien déterminées, que tu n'observes pas, parce que tu n'as pas pleine et entière confiance en moi.
- Cependant, Dragomira… s'écria Zésim, en l'entourant de ses bras et la serrant contre sa poitrine, mais je t'aime tant! Aussi…