Le lendemain matin, de bonne heure, M. Monkony vint avec sa fille au bureau de police. Henryka, pâle et les yeux enflammés, s'était laissée tomber sur une chaise. Elle déclara que la veille au soir elle était allée à Myschkow avec Bedrosseff et Mirow; qu'ils avaient été attaqués par des inconnus masqués, et que ceux-ci s'étaient emparés de Bedrosseff et de l'agent.

On lui adressa différentes questions auxquelles elle répondit avec calme et netteté.

A l'occasion d'une visite que Bedrosseff avait faite à Dragomira, dit-elle, les deux amies s'étaient offertes à lui par badinage en qualité d'agents. Ils étaient donc partis tous, habillées en paysans, pour Myschkow, dans le traîneau de Doliva. A peu de distance du cabaret, ils avaient été attaqués par une troupe de cavaliers qui portaient des masques sur la figure; ils avaient forcé Bedrosseff et l'agent à descendre du traîneau, les avaient garrottés tous les deux et les avaient emmenés, en ordonnant au cocher de retourner à Kiew.

On avait interrogé la paysan Doliva qui avait fait exactement la même déclaration.

Le chef de la police se mit en route avec plusieurs employés, Doliva et un piquet de cosaques. Ils trouvèrent la porte du cabaret fermée et firent sauter la serrure pour entrer. Il n'y avait personne. Evidemment, la cabaretière avait gagné le large. Sur la table était un billet écrit. Le chef de la police le prit et lut ce qui suit:

"Peine perdue. Vous ne découvrirez jamais les juges sévères et équitables. Pikturno était un traître et il a reçu le châtiment qu'il méritait."

Le chef de la police fit fouiller le bois par ses hommes. On trouva le commissaire Bedrosseff et l'agent Mirow pendus tous deux aux branches solides d'un grand chêne. Sur le tronc énorme de l'arbre on avait collé une affiche avec cette inscription:

"Arrêt de mort, Bedrosseff, commissaire de police à Kiew, Mirow, agent de police dans la même ville, condamnés à mort par le tribunal de la révolution, ont été exécutés ici. Le comité secret pour le gouvernement de Kew."

Le chef de la police fit détacher les corps. On les plaça sur un traîneau de paysan réquisitionné dans le village et on les rapporta à la ville. Il y revint également avec tout son monde, convaincu que c'était là qu'on pourrait trouver quelque chose concernant les conjurés.

Le P. Glinski, lui-même, fut stupéfait de ces événements. Il vint annoncer à Soltyk qu'on était sur les traces d'une conspiration. Il ajouta qu'on réussirait sans aucun doute à prouver la participation de Dragomira à toutes ces manoeuvres criminelles; par conséquent, il ferait bien de rompre avec elle le plus tôt possible.