- C'est bien. Un dernier coup."

Et Soltyk s'assit à la table, comme s'il ne s'était rien passé.

"Avec quoi donc puis-je jouer? dit Tarajewitsch d'une voix désespérée, je n'ai plus rien. La seule ressource qui me reste c'est de m loger une balle dans la tête.

- Si tu en es là, répondit Soltyk en l'observant, je vais te faire proposition, c'est unes espèce de duel à l'américaine… J'ai fait de toi un mendiant, comme tu dis, et tu m'as outragé. Je joue tout ce que je t'ai gagné et dix mille roubles de plus; ton enjeu sera ta vie. Si tu perds, je pourrai disposer de toi à ma fantaisie."

Tarajewitsch regarda Soltyk quelque temps les yeux fixes, puis il fit un signe de la main.

"Après tout, je n'avais plus qu'à me brûler la cervelle, murmura-t-il; cela doit donc m'être bien égal.

- Ainsi, c'est accepté?

- Accepté.

- Mesdames, vous êtes témoins, dit Soltyk.

- Mais ce n'est pas toi qui donneras les cartes, ni moi, dit Tarajewitsch; nous jouons trop gros jeu. Je prie une de ces dames de vouloir bien s'en charger."