Elle se mit à rire.
Il releva sa belle tête et la contempla longuement; puis il se pencha et porta à ses lèvres le bord de sa pelisse. Elle se redressa brusquement, jeta sa pantoufle et puis posa le pied sur la nuque.
Il se laissa faire avec bonheur et murmura comme dans un rêve des vers où un amant suppliait sa maîtresse de mettre son pied nu sur le cou de son esclave.
"De qui sont ces vers? dit-elle.
- De Chateaubriand.
- Lui aussi doit avoir connu l'amour, dit-elle, le seul vrai, qui dans un doux oubli de nous-mêmes nous livre à un autre être, nous soumet à une volonté étrangère; l'amour qui ne prend rien, qui se contente de toujours donner."
Au lieu de répondre, Soltyk retint prisonnier le petit pied qui cherchait à lui échapper et le couvrit de baisers.
"Allons, disait Dragomira, mets-moi ma pantoufle et tâchons d'être raisonnables.
- Raisonnables? J'ai depuis longtemps perdu auprès de toi le peu qui me restait de raison, s'écria Soltyk en riant, et je te remercie de me l'avoir ravi, car tant qu'on est raisonnable, on ne peut être heureux; mais aujourd'hui je tiens le bonheur dans mes bras. Le sort nous a donné cette heure-ci. Que m'importe ce que l'heure prochaine m'apportera!"
Dragomira frémit légèrement; cela ne dura pas plus qu'un éclair. L'instant d'après, ses lèvres cherchaient celles du comte et ses mains se jouaient inconsciemment dans les cheveux de son jeune époux.