Pour le moment, la police était fort embarrassée, d'autant plus que, le lendemain au soir, elle eut deux fortes preuves que les compagnons de Dragomira n'avaient pas du tout quitté la place.

Zésim revenait du Casino des officiers et rentrait chez lui. Il passait par une rue déserte et sombre. Une jeune fille maquillée et en toilette tapageuse vint à sa rencontre. Il voulut continuer son chemin sans faire attention à elle, mais elle s'arrêta et lui demanda du feu pour allumer une cigarette. Pendant que Zésim lui présentait la sienne, il reçut à l'improviste un coup violent dans la poitrine, et l'éclair d'une large lame d'acier lui passa devant les yeux. Le jeune officier fit instinctivement deux pas en arrière et tira son sabre, mais l'audacieuse créature avait déjà disparu au coin d'une maison, et quand il se mit à sa poursuite, il ne trouva trace de rien ni de personne.

Le coup, d'ailleurs, avait été arrêté par son porte-cigarettes en argent.

Le même soir, un agent de police chargé de surveiller le cabaret Rouge fut attaqué par deux hommes, qui s'approchèrent en faisant les ivrognes et l'assaillirent à coups de gourdin. Il montra son revolver; alors ils reculèrent et tirèrent sur lui plusieurs coups de feu qui ne l'atteignirent pas.

Ils s'enfuirent quand il courut après eux, longèrent le fleuve et disparurent tout à coup comme si la terre les avait engloutis.

XXII

LES TOURMENTS DES DAMNES

Laissez toute espérance, vous qui entrez. DANTE.

Les jours de délices et de douce ivresse se succédaient.

Dragomira, dans les bras de son mari, semblait avoir complètement oublié l'univers, les dangers qui la menaçaient, sa mission et ses horribles devoirs.