Une vaste salle, dont la voûte reposait sur de hautes colonnes, servait de temple aux Dispensateurs du ciel.
Les murs et les fenêtres étaient cachés par des tentures de soie bleu clair parsemées d'étoiles d'argent. Trois lustres répandaient une lumière éclatante comme celle du soleil. Le milieu de la paroi principale était occupé par un autel qui n'avait pas d'autre ornement qu'une croix colossale supportant le Sauveur mourant: "Tout est consommé!" Devant cet autel, il y en avait un second, plus bas, qui faisait penser à la pierre des sacrifices païens. Il était décoré de guirlandes de fleurs et de branches de sapin et entouré des plantes exotiques les plus splendides, d'où s'exhalait une odeur douce et enivrante. Au milieu de la salle se trouvait une grande table en forme de fer à cheval, recouverte d'une nappe blanche comme la neige garnie de vaisselle précieuse, de riches pièces d'argenterie, de cruches et de coupes, et entourée de sièges antiques. Le siège du prêtre était plus élevé que les autres.
Une douzaine de jeunes hommes étaient occupés à disposer sur la table ce qu'il fallait pour manger et pour boire. Mme Maloutine les dirigeait. Elle donna enfin le signal que tout était prêt. Des trompettes résonnèrent; la communauté pouvait venir pour la communion et le sacrifice. Les tentures qui cachaient les portes furent écartées; les frères et les soeurs entrèrent deux à deux, tous vêtus de longues robes blanches, avec des ceintures rouges. Ila avaient des couronnes de fleurs sur la tête, des sandales aux pieds, des palmes à la main. Ils défilèrent une fois autour de la salle et se placèrent ensuite des deux côtés de la table.
Les trompettes annoncèrent l'apparition du prêtre.
Les tentures s'écartèrent de nouveau; et de jeunes garçons d'une grande beauté, vêtus de robes blanches et couronnés de fleurs, entrèrent dans la salle. En tête marchaient des joueurs de luth et de flûte; les suivants semaient des fleurs et balançaient des encensoirs. Venait ensuite un jeune homme tenant la Bible; un second portait la croix. Enfin s'avançait l'Apôtre en robe blanche brodée d'or. Il portait un long manteau traînant de soie bleue garni de zibeline dorée, et avait sur la tête une tiare étincelante d'or et de pierreries. Il bénit la communauté qui s'était mise à genoux, s'assit en haut de la table, sur son siège élevé, majestueux comme Sardanapale sur son trône. Puis il fit un signe et les frères et les soeurs se relevèrent et s'assirent.
"Mes bien-aimés, dit-il, c'est peut-être le dernier repas que nous faisons ensemble, en mémoire de notre Sauveur Jésus-Christ, dans son esprit et selon son commandement. Elevez donc vos âmes à Dieu avec ferveur, et souvenez-vous de son Fils qui est mort en croix pour nous. Jurez encore une fois de chercher à l'imiter, et, quand l'heure sonnera, de sacrifier votre vie, comme il a sacrifié la sienne, avec soumission et joie!"
Sur un signe de l'Apôtre deux jeunes hommes s'approchèrent de lui. L'un portait un pain blanc sans levain sur un plat d'argent; l'autre, une haute coupe de forme antique, remplie de vin rouge.
Le prêtre prit le pain et le rompit.
"Je fais comme le Christ a fait et je dis en son nom: Ceci est mon corps."
Il porta ensuite la coupe à ses lèvres: