- C'est Dieu, qui a pitié!" répondit Dragomira, et elle releva lentement sa large manche doublée d'hermine. Sa pelisse tombait autour d'elle comme un ruisseau de sang; le couteau du sacrifice étincela dans sa main et ses lèvres entr'ouvertes laissèrent voir ses dents.

De nouveau la musique se fit entendre, de nouveau les jeunes filles reprirent leurs danses en agitant leurs thyrses dorés, leurs disciplines et leurs couteaux autour de l'autel.

Dragomira se pencha tendrement vers le bien-aimé et lui passa un bras autour du cou. Pendant qu'elle collait ses lèvres à celles de Soltyk, sa main droite lui donnait le premier coup. La victime frissonna et fit entendre un soupir. Les flûtes et les cymbales retentirent en suivant un rythme encore plus sauvage, et tous ces beaux corps s'agitèrent, en proie au délire des Ménades et à l'ivresse que donne l'odeur du sang.

XXV

EN CROIX

Le loup meurt silencieusement. Lord BYRON.

Il était encore grand matin lorsqu'on éveilla le P. Glinski. Le juif qui lui servait d'espion depuis des années demandait avec insistance à entrer. Il apportait, disait-il, d'intéressantes nouvelles. Le jésuite s'habilla à la hâte, et le domestique introduisit le fidèle Hébreu vêtu d'un long caftan.

"Sais-tu quelque chose sur le comte? demanda Glinski tout agité.

- Non, répondit le juif, mais j'ai découvert une piste importante qui peut nous conduire vers le comte.

- Qu'as-tu découvert?