"Vous avez entendu? s'écria Anitta.

- Oh! c'était facile à deviner, répondit Zésim; il suffit d'être debout devant vous, mademoiselle, le genou fléchit de lui-même."

Anitta rougit. C'était à Kathinka de deviner. Zésim profita de l'occasion pour s'asseoir à côté d'Anitta.

"Etes-vous fâchée contre moi?" demanda-t-il doucement.

Elle secoua la tête.

"Alors donnez-moi un signe, un gage de pardon."

Anitta lui tendit la rose.

Zésim se taisait; mais il respirait l'air qui la touchait; il voyait la molle fourrure se soulever et s'abaisser avec les battements précipités de sa poitrine, ses lèvres frémir doucement, sa main jouer machinalement avec les tresses qui, de ses épaules, retombaient sur son sein. Enfin, elle le regarda, une seule fois, mais ce regard lui disait tout, plus qu'il n'eût osé espérer.

Après le souper, on fit avancer les voitures, et les jeunes dames se séparèrent en se donnant les plus tendres baisers. Les messieurs partirent en même temps. Anitta tendit sa main à Zésim, et pressa celle du jeune homme, doucement, bien doucement, mais ce fut comme un torrent de félicité entre ces deux coeurs.

Sessawine et Bellarew emmenèrent l'officier et le conduisirent dans un café du voisinage, sous prétexte de boire n'importe quoi; en réalité, leur idée était de bavarder sur les dames et de les critiquer, comme c'est la mode.