- Je ne le connais pas, répondit la vieille, pourtant c'est un des nôtres. Il m'a donné le signe; c'est le prêtre qui l'envoie.
- Introduis-le donc."
Quelques instants plus tard entrait un homme fait pour imposer à toute femme, sauf à celle qui était là. Lui et Dragomira restèrent quelque temps debout et muets l'un devant l'autre, les yeux dans les yeux, se considérant réciproquement avec une sorte de curiosité et d'admiration. La belle jeune fille reprit sa première place et indiqua à l'étranger une chaise qu'il ne prit pas. Il se contenta d'appuyer une main sur le dossier, et remit une lettre à Dragomira. Cette lettre venait de l'apôtre et contenait ce qui suit:
"Je t'envoie Karow, qui nous a déjà rendu de grands services; il se mettra à ta disposition. Tu peux te confier à lui sans réserve."
Dragomira parcourut de nouveau du regard le jeune homme qui se tenait debout devant elle avec la modestie de la force et du courage. De moyenne grandeur, taillé en athlète, dans la fleur de la beauté et de la santé, il avait de hautes bottes, un pantalon collant et une courte tunique de velours qui le faisaient paraître encore plus à son avantage. Son visage, bien dessiné, était légèrement bruni; son nez, fin, était un peu retroussé; il avait la bouche bien accentuée, les cheveux foncés, et des yeux bleus dont le regard vous pénétrait avec une sorte de puissance diabolique. Une autre aurait frissonné sous le calme rayon de ces yeux ou se serait sentie subjuguée pour toujours. Dragomira se dit: "Enfin! voilà donc un homme, un associé, comme il m'en faut un."
"Vous demeurerez maintenant à Kiew? dit-elle.
- Oui, mademoiselle, et je vous prie de me donner vos ordres pour quoi que ce soit.
- Je vous remercie. Et… vous êtes…?
- Je suis dompteur, attaché à la ménagerie Grokoff, qui est arrivée hier dans cette ville.
- Ah! ça se trouve bien? Et quels animaux avez-vous dressés?