- Pour me faire voir ses bêtes.
- C'est très intéressant, dit Sessawine, je vous prie de ne pas vous gêner du tout pour moi. Je serais au contraire très heureux de pouvoir vous accompagner.
- Bien, alors prenons le thé ensemble; nous irons ensuite voir les bêtes."
Cirilla vint pour tenir compagnie aux jeunes gens. Elle jouait son rôle de vieille tante vénérable avec beaucoup d'habileté, et avait tout à fait bon air dans sa robe de soie et sa jaquette de fourrure. Barichar prépara la table et apporta le samovar. Pendant que Dragomira faisait le thé, Sessawine lui donnait des détails sur la société de Kiew et exprimait ses vifs regrets que Dragomira n'en fît pas partie.
"Je n'ai pas le sens du monde comme les autres jeunes filles de notre temps, dit-elle, et je me fais une idée très sérieuse de la vie.
- M. Jadewski m'a parlé de cela; il vous appelait une philosophe."
Dragomira sourit.
"C'est ce que je suis le moins; je suis plutôt une personne d'un coeur pieux et je cherche à vivre conformément aux commandements de Dieu. Je considère cette existence comme un temps d'expiation.
- Pouvez-vous, créée comme vous l'êtes pour le triomphe et la joie, pouvez-vous nourrir d'aussi sombres pensées?
- Tout homme voit le monde avec ses yeux; probablement, les miens sont faits de manière à voir partout la désolation.