- Vous ne pouvez penser cela sérieusement.
- Je veux vous le prouver et entrer aujourd'hui même au milieu des animaux féroces, quoique je ne sache pas comment on les dompte. Je suis sûre qu'ils ne me déchireront que si ma destinée est d'être déchirée.
- Ce serait défier Dieu."
Cette fois Dragomira ne répondit pas, et la conversation prit un autre tour. Quand il fut temps de partir, Sessawine s'empressa d'envelopper Dragomira dans son vêtement de fourrure. Il lui prit ensuite le bras pour la conduire, à travers les rues éclairées et animées, sur le champ de foire. C'est là que se trouvait la célèbre ménagerie dans une vaste construction en bois. La représentation était finie. Il ne restait plus que quelques rares flâneurs et gamins arrêtés devant l'entrée, admirant les tableaux suspendis comme enseignes. Un nègre habillé de rouge conduisit Dragomira et Sessawine dans l'intérieur, et Karow vint avec empressement à leur rencontre pour leur donner, avec beaucoup d'amabilité, toutes les explications nécessaires. Quand on eut vu tous les animaux, Dragomira revint à la cage des lions.
"Les fières, les magnifiques bêtes! dit-elle. Avec quoi vous protégez-vous contre leur férocité, monsieur Karow? Avec quoi les maîtrisez-vous?
- Avec le regard et la voix, répondit Karow; si vous le désirez, je vais vous donner une petite représentation de mon savoir faire.
- Non, je vous remercie, répondit Dragomira d'une voix calme, pendant qu'elle dévorait des yeux les superbes animaux, mais permettez-moi d'entrer dans la cage.
- Quelle idée! dit Karow, vous ne savez pas manier les bêtes, et, à coup sûr, vous seriez mise en pièces.
- Je voudrais pourtant essayer.
- Mais vous plaisantez, mademoiselle, dit Sessawine.