»Vous connaissez maintenant mes amis, ces bons amis auxquels je me sacrifiais, pour qui j'aurais donné le sang de mon coeur! Ah! mon Dieu, pourquoi donc as-tu créé le monde s'il n'était pas possible de le faire meilleur?

»Mon vieux Salomon me donnait des conseils.

»—Cela finira mal, disait-il.

»Luba s'amusa d'abord des indiscrétions de nos hôtes; quand ils jouaient, buvaient et chantaient jour et nuit dans la maison, ne me laissant pas un coin où je pusse me réfugier avec elle, la méchante venait s'étendre sur le divan, à mes côtés, en me regardant avec une malicieuse tendresse entre ses paupières demi-closes, car elle voyait bien que j'étais au supplice.

»Par la suite, elle prit les choses plus sérieusement:

»—Tu es trop bon, me disait-elle; la bonté, en certaines circonstances, peut être un défaut aussi bien que l'avarice et la dureté. Nous nous ruinerons, et ces gens-là ne sauront pas nous rendre ce que nous faisons pour eux.

»Je défendis mes amis; nous faillîmes nous quereller.

»—Tu ne me crois pas! dit Luba. Eh bien! je te prouverai que chacun d'eux est disposé à te trahir. Désigne celui que je dois démasquer.

»—Tu épargneras bien au moins Gédéon, m'écriai-je pour l'éprouver, car les calomnies de Jadeski m'étaient restées en tête, bien que je n'eusse jamais douté de ma Luba.

»—Je n'en épargnerai aucun, répondit-elle; c'est donc Gédéon qui va servir d'exemple.