Le fermier expulsé des Orlowski attacha son cheval au petit chariot, si vite qu'il oublia de remercier.

Zénon l'avait aidé obligeamment; ce fut lui qui installa les enfants dans le chariot.

Les deux hommes marchèrent devant; le cheval les suivit; derrière se traînait la femme, son nourrisson dans les bras. Ils sortirent des bois, traversèrent les champs et atteignirent ainsi le château. Zénon fit entrer ses protégés dans un fournil bien chaud, où on leur servit de la soupe et de l'eau-de-vie sur un bon lit de paille.

Montant l'escalier ensuite, il alla changer d'habits en toute hâte et pénétra presque furtivement dans la salle à manger, où son père, Pan Mirolawski, se promenait de long en large, les bras croisés derrière le dos, l'air triste et inquiet. À la vue de Zénon, son visage soucieux changea soudain d'expression et devint rayonnant; il tendit les bras vers le retardataire avec un cri de joie.

—Tiens! dit-il au vieux domestique qui mettait le couvert, voici ton jeune seigneur!

Il courut à son fils, le prit par la tête, l'embrassa et dit:

—Que tu m'as tourmenté! Où étais-tu? Où t'a mené le diable?

Zénon baisa la main de Pan Mirolawski et raconta son escapade. Il ne manqua pas de parler des malheureux qu'il avait recueillis.

—Stéphane! cria le père s'adressant au vieux domestique, descends vite, et donne à ces gens du rôti.

—Ne vaut-il pas mieux, fit observer Stéphane, attendre que madame...