—Tu n'entres donc pas au théâtre? dit-elle, tandis que la jeune fille ôtait ses gants et son chapeau.
—Le monde est un grand théâtre, répondit Warwara, et j'ai toutes les facilités pour y jouer très-bien mon rôle.
III
Le baron Bromirski fut depuis lors très-assidu dans la maison des deux dames. Il envoyait comme interprètes de son amour pour Warwara des bécasses, des perdrix, des lièvres, de beaux fruits, des robes, des fourrures et des bijoux, mais rien de tout cela ne réussissait à lui assurer un tête-à-tête avec celle qu'il adorait. Warwara, sérieuse et même taciturne, gardait le silence, tandis qu'en désespoir de cause il jouait au «mariage» durant les longues soirées d'hiver avec madame Gondola.
Un jour, une charrette de paysan entra dans la cour de sa seigneurie, et Warwara en descendit, couverte d'un voile épais. Le baron s'élança, tout ravi, pour recevoir cette visite imprévue:
—Ah! s'écria-t-il en baisant tendrement la main qui reposait froide comme un glaçon dans les siennes, vous me rendez le plus heureux des hommes!
—Je ne sais si vous avez lieu de vous réjouir, répondit Warwara, mais ce que j'ai sur le coeur me rend infiniment malheureuse.
Elle s'était assise dans le cabinet du baron et dénouait lentement son voile. Lorsqu'elle l'eut retiré, Bromirski vit qu'elle avait en effet les yeux rouges.
—Que s'est-il passé, ma bien-aimée? Que souhaitez-vous de moi? Tout ce que je possède est à vous.
—Merci, vous êtes généreux et bon pour tout le monde, je suppose, sauf pour une seule personne, la femme que vous avez perdue!... Le mal est sans remède!...