—Pas un mot de plus, ordonna la comtesse Dolkonska. Nous comptons sur nos paysans, et nous devons aspirer à gagner leur attachement au lieu de les blesser.
Joachim grinça des dents.
—Parce qu'on redoute la révolution, faut-il...
La crainte de mécontenter sa tante et de compromettre ainsi le mariage projeté entre lui et Marie-Casimire l'arrêta.
Lorsque la courte obscurité du soir eut fait place à un beau clair de lune et que tout le monde fut endormi au château, la jeune comtesse sortit furtivement, accompagnée de sa femme de chambre, pour s'en aller frapper à la porte de la vieille Patrowna. Sans hésitation, elle pénétra dans la chaumière basse et sombre.
—S'il est vrai, dit-elle à la sorcière, que tu saches lire dans l'avenir, je veux que tu me prédises le mien.
Patrowna la fit asseoir sur le banc près du poêle, puis s'accroupit elle-même en branlant la tête et se mit à étaler des cartes grasses, presque noires, sur le sol.
—Je vous vois, dit-elle enfin, entre deux hommes; à l'un vous devez donner votre main, vous aimez l'autre. Faut-il vous dire ce que je vois encore?
—Dis tout, fit Marie-Casimire.
—Eh bien! vous trouverez le bonheur auprès de l'homme que vous aimez et qui vous enlèvera...