—Mon refuge sera dans la mort. Oui, je me tuerai, moi et mon enfant!

Elle se leva hautaine, indignée; ses yeux étincelaient.

—Eh! s'écria Bromirski avec humeur, je ne demande qu'à réfléchir; il ne s'agit plus d'une bagatelle!

—Réfléchir! Vous n'avez pas réfléchi, avant de déshonorer une fille innocente qu'aveuglait une passion insensée... Ah! je me suis bien trompée! Aujourd'hui, je vous connais, je vous juge; vous n'étiez pas digne de mon sacrifice; adieu...

—Warwara!... Je vous conjure...

Elle était déjà loin. Le baron courut après elle sans bonnet, en robe de chambre, puis, désespérant de l'atteindre, il fit atteler; ce fut en vain; il ne la trouva nulle part. Éperdu, il arriva chez madame Gondola; Warwara n'y était pas... Avait-elle donc réalisé ses menaces! Quelle responsabilité terrible pesait sur lui! Sous quel fardeau gémissait sa conscience! Des heures s'écoulèrent.

Il perdait la tête de plus en plus; enfin l'infortunée rentra, et à sa vue il fut tout près de défaillir comme un condamné qui reçoit sa grâce sous la potence. Elle ne lui accorda pas un regard; elle ne répondit pas un mot, lorsqu'il balbutia:

—Pardon! je suis, en principe, ennemi du mariage, mais si ce que vous m'avez dit est vrai... attendons encore un peu!...

Warwara vivait. N'ayant plus à redouter un péril pour elle, il se remettait à défendre, mais faiblement désormais, sa propre liberté.

Pendant les semaines qui suivirent, il ne put obtenir d'être reçu; enfin, il força la porte et trouva sa victime étendue sur un lit de repos, assez pâle et défaite. Une ample kazabaïka l'enveloppait; elle travaillait à un petit ouvrage de lingerie.