Elle mit son grand chapeau de paille, prit son ombrelle et s'en alla gaîment avec lui à travers les ondes mûrissantes des blés, du côté du village d'Antoniowska. Le soleil brûlait, l'air était lourd à étouffer, de grands nuages blancs se gonflaient comme des voiles et montaient vite sans qu'on sentît le souffle qui les poussait en avant. Les oiseaux se taisaient, on n'entendait que le coassement des grenouilles et la chanson des cigales. Par un temps semblable, on cherche l'ombre. Warwara s'assit sur la lisière d'un verger; Maryan se tenait debout à quelques pas, la regardant mordiller un épi de blé:

—Je suis fatiguée, dit-elle; cette chaleur est insupportable.

—Nous aurons de l'orage, répliqua Maryan sans se rapprocher.

—Croyez-vous?

Comme le silence se prolongeait:

—En pareil cas, pensa la baronne, la littérature est la meilleure ressource.—Et elle entama une comparaison entre les romans français et anglais à laquelle Maryan ne s'attendait guère; il s'y jeta cependant à corps perdu pour sortir d'embarras. Tous deux parlaient avec tant de feu qu'ils ne remarquèrent pas ce qui se passait au ciel. De grosses gouttes de pluie les avertirent de gagner le village. Warwara cherchait en vain à s'abriter sous son ombrelle; une forte grêle se mêlait à des torrents d'eau.

—Nous serons lapidés! criait-elle.

Maryan l'entraîna, éperdue, jusqu'à la plus proche chaumière qui se cachait sous les pommiers et les buissons de syringa. Il en poussa la porte, et aussitôt une grosse poule mouchetée, effrayée de cette irruption, sauta sur la table avec des gloussements de détresse, puis de la table sur le poêle où elle continua de s'agiter.

—Les gens de la maison doivent être aux champs, dit la baronne, et moi je suis trempée; si l'on pouvait faire un peu de feu pour se sécher!

Maryan eut vite trouvé du bois résineux et quelques brins de fagot qui remplirent le poêle de pétillements pareils aux coups de fusils d'une bataille.