—Je suis, dit-elle simplement, la baronne Bromirska, et je viens, madame, vous proposer un marché.

—A moi? demanda Théofie atterrée.

Ses cheveux étaient en désordre sous un bonnet chiffonné, et, dans un négligé à peine propre, elle ne paraissait ni jeune ni jolie, bien qu'elle fût en réalité l'une et l'autre.

—La chose est bien simple, continua Warwara, qui, sans y être invitée, s'était jetée sur un vieux canapé à housse jadis blanche et promenait un regard de pitié sur cet intérieur qui trahissait un désordre plus insupportable sans doute à Maryan que la pire pauvreté. Voulez-vous me vendre votre mari?

—Vous le vendre?...

—Remarquez, madame, que la démarche que je fais est dans votre intérêt seul. Votre mari m'aime, il m'appartient, personne ne peut me le reprendre; mais les gens malavisés aiment le bruit, dont, pour ma part, j'ai horreur. Je veux jouir en paix de ce que je possède, et puis il me plaît que Maryan voyage avec moi. Si je l'emmène il abandonne son emploi, cela va sans dire. Je trouve donc loyal de vous offrir une somme annuelle égale à ses appointements.

Théofie s'emporta comme l'eût fait à sa place toute autre femme, puis elle pleura, elle sanglota, sans que Warwara l'interrompît. Lorsque ses larmes furent séchées par un nouvel accès de colère:

—Écoutez, dit la baronne, il faut vous décider vite; Maryan ne doit rien savoir de cette affaire avant qu'elle soit conclue; il ne donnerait jamais son consentement; mais il me suivra, si je le veux, et alors de quoi vivrez-vous?

—Oui, de quoi vivrai-je? murmura d'une voix sourde madame Janowska.

—Acceptez donc cette rente.